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mardi 8 septembre 2015

4e Carnet - 17 et 20 mars 1919

17 mars. – Chez Frick.
Lady Warwick et ses deux enfants (collection Frick)

Au mur sept tableaux qu’il a payés en moyenne deux cent mille dollars pièce. 

Gainsborough - Lady Duncombe
Gainsborough - Mrs Baker
Romney, Lady Charlotte Milnes

Cinq tableaux en pied : deux Gainsborough Mrs. Baker et Lady Duncombe. Deux Romney Mrs. Milnes et Lady Warwick et ses Enfants, un Van Dyck, Portrait de femme.

Le mail de Gainsborough

Il y a là aussi le fameux paysage de Gainsborough The Mail. Puis, encadré au-dessus de la porte, un Lawrence à deux personnages.

20 mars. – Avec Caro.
Caro-Delvaille - Nu au miroir de 1919 (est-ce ce cette toile qu'il parle, sans doute si l'on en juge par la suite de l'anecdote où il cite un nu de dos de Besnard)

Il raconte son premier Salon : « J’étais très ému, j’avais fait trois fois le tour du Salon sans voir ma toile, et dans une salle j’entends une femme dire à une autre : « Regarde cette horreur, là-haut. » Je regarde aussi, c’était ma toile ! Moi aussi je l’ai trouvée horrible.


« Quand Besnard, poursuit Caro, a exposé au Salon sa femme de dos, j’ai vu une femme altière, le buste en avant, la croupe en arrière, tout ça recouvert de soie, s’en approcher avec ses deux filles, tirer son face-à-main avec dignité et dire : « Cochon. »

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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963

dimanche 6 septembre 2015

4e Carnet - 16 mars 1919

16 mars. – Dans l’atelier de Caro-Delvaille.

Est situé 15, North Washington Square où s’élève un arc de triomphe modeste (1). Dans ce square, on se croirait un peu à Londres, avec ces maisons de briques à deux étages et si régulières et toutes jumelles. Ce square, placé à mi-chemin entre le bas de la ville (2), cette fourmilière gigantesque des affaires, et le quartier des résidences que sillonnent des milliers d’automobiles, semble comme par magie appartenir à une autre ville, à une autre ville vraiment située à des centaines de lieues, où le chemin de fer et les autos même ne passeraient pas et où les habitants privés de tous les moyens modernes de locomotion auraient gardé la gravité de nos ancêtres, sans rien pourtant de l’austérité travaillée de nos cités provinciales.

North Washington Square dans les années 1920' d'après une carte postale

Washington Square et ses approches furent, jusque vers la fin du siècle dernier, l’enclos, très clos, dans lequel s’emprisonnèrent les familles jalouses de leur ancienneté et qui bâtirent cette aristocratie américaine plus fermée que la cour du plus petit et du plus orgueilleux des roitelets.

North Washington square en 1920, photo

Mais le luxe des nouveaux riches qui se construisent, plus haut, dans la ville, leurs demeures, et le besoin de confort, les chassèrent de leur berceau ; aujourd’hui les artistes, les seuls vraiment sages de cette ville, sont venus se réfugier loin du bruit et de la multitude dans ces maisons délaissées et délabrées.


J’apprends au peintre que le journal Art in America, qui veut reproduire mon David Jeanne de Ricbemont, m’a demandé qui pourrait l’accompagner d’un article et que j’ai répondu : « Seulement Caro-Delvaille. » Il accepte et dit alors : « Les Américains ne comprennent pas le génie français qui élimine l’inutile et clarifie l’utile ; ils ne comprennent pas Watteau, ils n’y voient qu’un décor, quand Watteau n’a peint que des paysages méditatifs et tristes. Je dirai même qu’entre Greuze et David il n’y a qu’une différence de temps mais pas de science. »

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Note de l'auteure du blog

(1) L'arc dédié à George Washington, véritable symbole du parc a été érigé en 1895, édifié sur son côté nord à partir des dessins de Stanford White pour célébrer le centième anniversaire de l'accession de George Washington à la présidence des États-Unis. À l'origine, il était fait de bois et de papier mâché. Les travaux pour le reconstruire en béton et en marbre se sont étalés de 1890 à 1895. Des sculptures supplémentaires y ont été ajoutées en 1916 et 1918. Aujourd'hui, les étudiants de l'université de New York défilent sous le monument, lors de la cérémonie de remise des diplômes. L'arche a été l'objet d'une rénovation entre 2002 et 2004, pour un budget de 2,7 millions de dollars.
Source Wikipedia

(2) Washington Square, long de 300 mètres, large de 150 et d'une superficie de 4 hectares, est un des lieux les plus populaires du sud de Manhattan où les gens aiment flâner et s'y rencontrer. Le parc a en fait peu de verdure, à part des arbres et des parterres de fleurs, il est presque entièrement pavé et est équipé de tables de jeu d'échecs, installées à demeure, où l'on peut voir les joueurs s'affronter devant un large public.
Cependant, il possède également quelques statues et monuments :
Une fontaine en son centre entourée de bassins.
L'arc dédié à George Washington
Une statue de Giuseppe Garibaldi, au sud-est de la fontaine, fut réalisée par Giovanni Turini (it) et offerte par les Italiens de New York en 1888.
Washington Square est le point de départ de la légendaire Cinquième Avenue que se dirige vers le nord.
Source Wikipedia

(3) Rappel :
La peinture a été vendue par Gimpel à Berwind pour un David et elle est présentée pour telle dans la presse lors d'une visite d'anciens combattants au musée. Source Le Journal d'un collectionneur 

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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963

samedi 29 août 2015

4e Carnet - 28 février 1919

Henry Caro-Delvaille (French, 1876-1928), "Elégantes au bord de la mer" 

28 février. – À dîner chez Caro-Delvaille.
Il me dit : « J’aime la fresque avec enthousiasme, c’est une détente et une gymnastique, l’art des tons à plat et des tons justes à mettre vite, l’erreur non permise, les pots de colle que l’on vous passe en vitesse par derrière. La chair, criez-vous, puis l’ambre… là, en succession. C’est un métier noble. Ah ! pourquoi Puvis de Chavannes a-t-il peint sur toile ! La fresque lui aurait donné le relief et l’éternité. »



Caro parle des fresques qu’il a faites pour Rostand à Cambo. « Je l’aimais beaucoup », nous dit-il. « En société, il prenait des allures de pantin et, au fond, dans l’intimité, il était très bonhomme et très loin du poète mondain qui, dans les salons, disait avec fatuité : « Moi, l’argent, je sais le dépenser. » Maintenant chaque convive parle du fils de Rostand.

Edmond Rostand et sa villa l'Arnaga

Caro-Delvaille raconte une aventure dont on a beaucoup parlé un été à Cambo : à côté, dans un petit village, avait été fondé un club de tennis pour jeunes gens et jeunes filles, mais une petite demi-mondaine, installée et perdue dans ces montagnes, en franchit un jour innocemment la porte et on la chassa comme une chienne. Maurice Rostand, indigné de cette grossièreté – il avait quatorze ans – se précipite vers elle, lui offre son bras, sort avec elle et une fois sur la route la salue et se retire. Le lendemain, il passait par le village avec son cadet lorsqu’une domestique vient vers lui et, lui désignant une maison, juste en face, lui dit qu’une dame demande à lui parler. Maurice, surpris, s’y dirige assez tremblant et trouve la petite dame de la veille qui lui sert une tasse de thé. Troublé, assis sur le coin d’une chaise, il avale d’un coup le breuvage amer et la quitte en coup de vent en lui criant : « Ma nounou m’attend ! » Il court chez sa mère, lui conte l’aventure et elle, défaillante, lui dit : « Mon pauvre petit, t’est-il arrivé quelque chose ? Dis-moi toute la vérité. » Et tandis qu’elle écrasait Maurice dans ses bras, une petite voix, celle du frère, s’élève : « Rassure-toi, maman, j’étais en bas, ils n’ont pas eu le temps. »


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Note de l'auteure du blog

(1) Aucune fresque n'est, sur le site de l'Arnaga, indiquée comme étant précisément de Caro-Delvaille. En fait, il semble qu'en 1905, Edmond Rostand lui ait confié la décoration de sa ville de Cambo, où le peintre réalisa des fresques avec G. La Touche : fresque que j'ai donc mises en illustration.

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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963

samedi 15 août 2015

4ème Carnet - 7 au 10 février 1919

7 février. – Débarqué.

Ce matin, je suis aussi surpris que nos pères devant le premier train, quand je vois dans le hall de l’hôtel Ritz une boîte aux lettres spécialement réservée aux correspondances par avion. Il y a un départ chaque jour pour Philadelphie et pour Washington. 

8 février. – Caro-Delvaille(1). 
Henry Caro-Delvaille, portrait de madame Simone

Il vient prendre de mes nouvelles. Sa situation matérielle est meilleure ; il a peint bon nombre de portraits depuis plusieurs mois. Il cherche à obtenir la décoration murale du Parlement d’Ottawa, où il est soutenu par les éléments français, mais les Anglais veulent un des leurs. 

10 février. – Le modernisme à l’église. 
Saint Thomas Church Manhattan 

Je suis aussi surpris que les hommes qui virent pour la première fois une boîte aux lettres destinée aux correspondances par aéro, en découvrant dans l’église Saint-Thomas, de mon ami le révérend Stires, un ascenseur. Et même de style gothique !

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Note de l'auteure du blog

(1) Henry Caro-Delvaille, né Henri Delvaille à Bayonne (Basses-Pyrénées) le 6 juillet 1876 et mort à Paris en juillet 1928, est un peintre et décorateur français.
Après avoir étudié de 1895 à 1897 à l'école des beaux-arts de Bayonne, Henry Caro-Delvaille est l'élève de Léon Bonnat à l'école de beaux-arts de Paris. Il expose pour la première fois au salon de la Société des artistes français à Paris en 1899. Il y remporte une médaille de troisième classe en 1901 pour son tableau intitulé La manucure. Membre de la Société nationale des beaux-arts à partir de 1903, il en devient secrétaire en 1904. En 1905, il remporte la grande médaille d'or de l'Exposition internationale de Munich. La même année, son ami Edmond Rostand lui confie la décoration de sa villa de Cambo. Il se fait alors connaître comme portraitiste et bénéficie de très nombreuses commandes. Il est fait chevalier de la légion d'honneur en 1910. Les présents de la terre, décoration pour la maison du docteur Semprun à Buenos-Aires (1912) À partir de 1917, il voyage aux États-Unis où il s'installe jusqu'en 1925. Il y réalise de nombreux portraits, des nus, des paysages et des panneaux décoratifs.

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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963