samedi 14 février 2015

1er Carnet - 14 au 17 avril 1918

14 avril. – Saint-Saëns. 

Saint Saens en 1916

Saint-Saëns allait au casino accompagner au piano Chenal* qui devait y chanter pour le bénéfice des aveugles, et, comme toujours, elle s’est fait excuser. 

Marthe Chenal 

Saint-Saëns, très soigné, paraît en redingote, trop immaculée, avec un bouton rouge trop fleuri, puant l’institut et le professeur de piano à vingt francs la demi-heure. Il gagne son piano à petits pas et a joué de même ; il accompagne une remplaçante qui chante avec une voix d’acier et il n’en montre aucune impatience. Il s’en va comme il est venu. 

17 avril. – Musique. 

André Cadou

Cadou** m’écrit : « J’ai fait travailler autrefois la musique à une jeune fille du monde bourgeois ; éducation sévère, très chaste, très pieuse, toujours environnée de famille, etc. Elle avait poussé loin ses études musicales, connaissait l’harmonie, le contrepoint, pouvait analyser les auteurs mieux que beaucoup d’hommes de métier ; avec cela très bonne pianiste. Cette jeune fille me dit un jour, et le plus ingénument du monde : « Schumann est l’auteur que je préfère de tous. Quand je « vais en entendre, je change de linge et mets des dessous de dentelle. » 

18 avril. – « Toi et moi. » 

J’étais dernièrement malade à la chambre. Mlle Marie Brisson, qui relie mes livres, était venue m’en apporter. Ma femme, rentrant de courses et ouvrant la porte, fut stupéfaite de l’entendre dire : « Toi et moi ». C’est ainsi qu’elle apprit le titre du livre de Paul Géraldy. L’auteur et son livre avaient alors passé inaperçus, mais à la suite du succès de C’est la guerre, madame, écrit en 1915, on se mit à rechercher ses premières œuvres et l’on découvrit Toi et moi en vers parlés, à la phrase insouciante. L’auteur nous y fait sentir cruellement la banalité quotidienne, l’atroce réalité. Mais il faudra toujours lire C’est la guerre, madame quand on voudra comprendre ce mélange de paix et de guerre qu’est l’état de guerre. Héroïsme et five o’clock tea.



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Note de l'auteure du blog
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Marthe Chenal (1881- Janvier 1947) était un soprano qui a fit carrière  entre 1905 et 1923. Sa carrière a été principalement axée sur le Palais Garnier et l' Opéra-Comique à Paris. Elle a particulièrement excellé dans les œuvres de Jules Massenet.

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André Cadou est né à Fourmies dans le Nord le 23 mai 1885. Attiré par le monde instrumental, le futur grand chef d'orchestre sera lauréat du conservatoire nationale supérieur de la musique, ce qui le fera admettre, en 1917, au coeur de la première guerre mondiale, à la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique (Sacem). En 1928, André Cadou se voit confier la direction orchestrale au sein de la firme Odéon pour l'accompagnement des vedettes de la chanson. Il dirige ainsi les plus grands interprètes que connaîtra la chanson : Perchicot, Berthe Sylva, Tramel, Biscot, Bach, Bérard, Boucot, Charlus, Constantin le rieur, Damia, Darcelys, Davia, Jean Lumière, Edgard Detrait, Dorville, Dranem, Georgius, Yvonne Guillet, Emma Liébel etc.

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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963

jeudi 12 février 2015

1er Carnet - 13 avril 1918

13 avril. – Chez Renoir. 


Renoir - Pierrot

A Nice, dans son appartement, rue Palermo. Son pied ne va pas bien et on a eu peur de la gangrène. On a transporté le peintre ici et il va mieux. Son fils, acteur inconnu(1) , blessé de guerre au bras droit, est accouru et a rapporté de Paris quelques toiles roulées afin de les sauver du danger du bombardement : une Femme nue (1910) dont les tons ont déjà un peu noirci, presque grandeur nature, en long. Un Pierrot assis avec une collerette rouge (toile de 50). Une femme, son modèle actuel, le coude gauche levé, une rose jaune à la main (toile de 90). Le portrait de Dussane*, de la Comédie-Française, chez elle. Elle est assise et a l’air d’une sultane. La toile a déjà un peu noirci (1916).

Béatrix Dussane en 1910

Je ne sais s'il s'agit du portrait de Dussane : il est daté de 1916 (il y en a assez peu qui soient répertoriées de cette année-là) et est actuellement en France, au musée Picasso. Le modèle a les traits épais de l'actrice en 1920, et elle est assise. A-t-elle l'air d'une sultane ??


Béatrix Dussane en 1920

Il m’apprend qu’il l’a donnée au Luxembourg. Renoir me dit qu’il peint couleur brique pour que, plus tard, ses couleurs deviennent d’un rose laiteux. Quand il ne pensait pas à la décomposition des couleurs, ses tableaux ne bougeaient pas. Il faudra bien des années pour savoir si, à la fin de sa vie, Renoir a eu raison. Ce serait désastreux pour l’avenir de la peinture d’avoir à peindre un ton pour en obtenir un autre.

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Note de l'éditeur du journal d'un collectionneur
(1) 
Est devenu un bon acteur (Note de 1929).
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Note de l'auteure du blog
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Béatrice Dussan, dite Béatrix Dussane, née le 9 mars 1888 à Paris où elle est morte le 3 mars 1969, est une actrice française. Entrée à la Comédie-Française en 1903, elle en devient la 363e sociétaire en 1922.
Passionnée par le théâtre, Béatrix Dussane est reçue au Conservatoire d’art dramatique où elle suit les cours le mercredi et le samedi matin. Née Dussan, elle ajoute un « e » à son patronyme pour imiter la grande comédienne de l'époque Réjane (pseudonyme de Gabrielle Réju). Un premier prix de comédie classique couronne ses efforts le 22 juillet 1903. Elle est engagée aussitôt comme pensionnaire. Nommée sociétaire en 1922, elle siège au conseil d’administration de 1935 à 1942. Professeur au Conservatoire d'Art dramatique de Paris, elle aura comme élèves Sophie Desmarets, Robert Hirsch, Michel Bouquet, Maria Casarès, Serge Reggiani, Daniel Gélin, Gérard Oury, Michel Le Royer et bien d’autres. Dès les années 1920, elle donne des conférences, collabore à différentes revues et publie plusieurs ouvrages sur le théâtre. À partir de 1951, elle tient une chronique dans Le Mercure de France. Vers la fin de sa carrière, elle produit des émissions radiophoniques et télévisées consacrées à l'histoire du théâtre.
Source Wikipedia

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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963

mardi 10 février 2015

1er Carnet - 11 avril 1918

11 avril. – Sur la « Marche funèbre » de Chopin. 
Edmond Clément

Je rencontre le ténor Clément* qui, à cinquante ans, chante comme à vingt ans. Il prétend que des exercices respiratoires quotidiens lui ont conservé sa voix. C’est bien possible. Je l’ai connu à Montréal où Jeannotte l’avait engagé. C’est à ce moment qu’il m’a raconté comment fut composée la Marche funèbre.

Ziem par Disdéri

Un soir de carnaval, chez le peintre Ziem, un invité se saisit d’une nappe, s’en recouvre et joue au fantôme. Tous les invités le suivent dans cette nouvelle danse des morts. Chopin attrape un squelette suspendu à un gibet et valse avec.


Puis, devant le piano il s’arrête, s’assied sur le tabouret sans lâcher son funèbre colis qu’il place sur ses genoux, et les bras autour de son thorax il improvise une marche funèbre. On s’arrête. « Mais ça c’est bien, lui dit-on, il faut l’écrire. » Chopin la note. Cette fameuse danse funèbre ne fut jouée pour la première fois qu’à son enterrement ! Clément ajoute : «Vous pouvez constater qu’au piano les mains ne se rejoignent pas parce que Chopin étreignait le squelette.» **

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Notes de l'auteure du blog
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Edmond Clément (28 Mars 1867, Paris - 24 Février 1928, Nice) est un ténor de réputation internationale. Clément fit ses débuts sur scène à l' Opéra-Comique en 1889. Il est resté premier ténor de ce théâtre jusqu'en 1909, chantant les rôles d'Ottavio , Tamino , Almaviva , Georges Brown , Fra Diavolo , Gérald , des Grieux , Werther et Hoffmann... Sa carrière ne s'est pas limitée à Paris. Il a également chanté à Bruxelles, Monte Carlo, Madrid, Londres. Aux Etats-Unis il chanta au Metropolitan Opera à New York, où il a joué en 1909-1910.
Clément est revenu en France lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté en 1914 et a ensuite été blessé alors qu'il servait dans l'armée française.
Ses dernières années ont été consacrées à une semi-retraite : il donna son dernier récital à l'âge de 60 ans en 1927 et mourut l'année suivante à Nice. Au cours de sa carrière, il a également enseigné le chant.
Source Wikipedia

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L'anecdote diffère quelque peu du commentaire de Liszt, dans son ouvrage dédié à Chopin, de la marche qui fut jouée lors des obsèques du musicien en 1849 : « Aurait-on pu trouver d’autres accents pour exprimer avec le même navrement quels sentiments et quelles larmes devaient accompagner à son dernier repos celui qui avait compris d’une manière si sublime comment on pleurait les grandes pertes ! Nous entendions dire un jour à un jeune homme de son pays : « ces pages n’auraient pu être écrites que par un Polonais ! » En effet, tout ce que ce cortège d’une nation en deuil pleurant sa propre mort, aurait de solennel et de déchirant, se retrouve dans le glas funéraire qui semble ici l’escorter. Tout le sentiment de mystique espérance, de religieux appel à une miséricorde surhumaine, à une clémence infinie et à une justice qui tient compte de chaque tombe et de chaque berceau, toute la résignation exaltée qui a éclairé de la lumière des auréoles tant de douleurs et de désastres supportés avec l’héroïsme inspiré des martyrs chrétiens, résonne dans le chant dont la supplication est si désolée. Ce qu’il y a de plus pur, de plus saint, de plus résigné, de plus espérant dans le cœur des femmes, des enfants y retentit, y frémit, y tressaille avec d’indicibles vibrations. On sent que ce n’est pas la mort d’un héros que l’on pleure, alors que d’autres héros restent pour le venger, mais bel et bien celle d’une génération entière qui a succombé, ne laissant après elle que les femmes, les enfants et les prêtres. Cette mélopée si funèbre et si lamentable est néanmoins d’une si pénétrante douceur, qu’elle semble ne plus venir de cette terre. Ces sons qu’on dirait attiédis par la distance, imposent un suprême recueillement, comme s'ils étaient chantés par les anges eux-mêmes et flottaient déjà dans le ciel, aux alentours du trône divin. Ni cris, ni rauques gémissements, ni blasphèmes impies, ni furieuses imprécations ne troublent un instant, qu’on prendrait ainsi pour de séraphiques soupirs. Le côté antique de la douleur est totalement exclu. Rien n’y rappelle les fureurs de Cassandre, les abaissements de Priam, les frénésies d’Hécube, les désespérances des captives troyennes. Une foi superbe anéantissant, dans les survivants de cette Ilion Chrétienne, l’amertume de la souffrance en même temps que la lâcheté de l’abattement, leur douleur ne conserve plus aucune de ses terrestres faiblesses, elle s’arrache de ce sol moite de sang et de larmes; s’élance vers Dieu, et ne saurait s’adresser qu’au juge suprême, trouvant pour l’implorer de si poignantes prières, qu’en les écoutant, notre cœur se brise en nous-mêmes, sous une auguste compassion. »
Source Wikipedia

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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963

dimanche 8 février 2015

1er Carnet - 1er et 2 avril 1918

1er avril. – Sur un Corot. 

J.B. Corot, la toilette

On me présente à Mme Desfossé et je lui dis : « Quand Georges Bernheim vous offrait, en 1908, huit cent mille pour votre Corot La Toilette, c’était pour compte. C’est le plus beau tableau du peintre. » Elle m’assure que Georges Petit lui en a offert récemment un million. 

2 avril. – Sur un Fragonard et un ange en plomb. 

Pas facile de trouver le Fragonard dont parle Gimpel : Fragonard a fait plusieurs Gimblette, avec des chiens, une jeune fille avec un chat et un chien, je n'ai trouvé que cette toile où figure seulement un chat. Le Chat angora (vers 1783-1785) - Wallraf museum, Cologne

Nathan Wildenstein m’écrit qu’il a acheté pour cent soixante-cinq mille francs le fameux Fragonard La Jeune Fille s’amusant avec un chat, que c’est la plus belle toile du peintre que nous ayons possédée. Il ajoute qu’il a vendu à Hennessy notre ange en plomb. Il est nécessaire de parler de ce dernier objet si exceptionnel dans l’art gothique. Nous l’avions acheté vers 1910 à un petit antiquaire de Versailles. L’ange est presque grandeur nature et date du XIVe. Ses ailes déployées montent droites vers le ciel et l’aident à se poser sur terre comme un être éthéré. Il souffle dans une longue trompette. C’est avec l’Ange du Lude, de la collection Pierpont-Morgan, le plus beau morceau de sculpture en ce genre. Sa trompette manquait, nous la remplaçâmes. Nous ignorions tout de son origine quand, l’ayant montré au comte de Bryas, il fut stupéfait de le retrouver chez nous car il le connaissait, et même depuis plus de quarante ans, l’ayant vu dans le jardin d’un vieux bonhomme qui demeurait à Boulogne-sur-Seine et qui ne laissait entrer personne parce qu’il était le fils ou le petit-fils de l’architecte en chef de la cathédrale de Rouen ou de Chartres, plutôt de Chartres, et ne voulait pas qu’on puisse voir cette pièce dérobée par son aïeul à la faveur d’un incendie. Nous n’avons jamais pu aller plus avant dans ce mystère, mais cet ange pouvait bien provenir de l’incendie du toit de Chartres*.

La cathédrale de Chartres en 1696


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Note de l'auteure du blog
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Autrefois la cathédrale de Chartres était recouverte d'une magnifique charpente appelée la Forêt, qu'un incendie dévora en 1836, et qu'on a remplacée par une charpente de fer.



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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963

vendredi 6 février 2015

1er Carnet - 31 mars

31 mars. – Sur Oscar Wilde. 
Estelle Taylor et Albert-Clerk Jeannotte.

Jeannotte* est un imprésario américain, un ancien chanteur. J’ai fait sa connaissance vers 1908 ou 1909 à Montréal où il venait de fonder un Opéra. Quoique imprésario, il est bien élevé. Il m’a raconté qu’il était allié par sa mère à la famille d’Oscar Wilde. Jeannotte était fort jeune quand il rencontra le poète chez une duchesse anglaise. C’était en été, au château, à l’heure du thé, en nombreuse compagnie. La duchesse enleva d’un vase une rose admirable, épanouie, épanouie à s’en déchirer. Elle la respira et elle la fît passer, et chacun la huma, extasié, car son parfum égalait sa beauté.

Oscar Wilde

Elle parvint à Oscar Wilde ; le soleil entrait, débordait par la croisée ouverte ; le poète la respira avec ardeur, mais d’un coup en arracha les pétales et les jeta par la fenêtre. Un frisson d’indignation courut devant ce sacrilège ; Oscar Wilde fit face à ses adversaires et leur dit : « Il eût été trop triste de voir une telle rose se faner. » Les cœurs s’apaisèrent.


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Note de l'auteure du blog

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Célèbre ténor connu sous le nom d’Albert Clerk-Jeannotte mais né sous le nom de Jeannotte seulement, Clerk étant le nom de sa mère. Il entreprit des études musicales principalement avec son oncle, Alexandre-M. Clerk puis étudia l'harmonie avec Xavier Leroux à Paris (1898). Il s’est consacré au chant mais sa santé l’obligea à renoncer à plusieurs projets. Il occupa les postes de journaliste, de professeur au Conservatoire McGill et d'administrateur. En 1906, il se fixa à New York, mais il revint à Montréal (1909) pour fonder, avec l'appui financier de Frank S. Meighen, la Montreal Musical Society qui devint la Compagnie d'opéra de Montréal. 
La fondation d'une troupe permanente d'art lyrique demeurait l'une des principales préoccupations des musiciens montréalais. La Compagnie d'opéra de Montréal était dirigée par deux chefs d'orchestre renommés, Agide Jacchia et Louis Hasselmans. La troupe comptait des solistes de réputation internationale, dont les chanteuses canadiennes Béatrice La Palme et Louise Edvina, 45 instrumentistes, 50 choristes et 15 danseuses en provenance de New York et de Montréal. Se distinguant aussitôt par un haut niveau de professionnalisme, elle interprétait en langue originale le répertoire des grandes maisons d’opéra et ne craignait pas une incursion hors des sentiers battus, puisqu’elle présenta en première nord-américaine, Zaza de Leoncavallo et L'Ancêtre de Saint Saëns. Au total, la Compagnie d’opéra de Montréal a donné quelque 300 représentations, dont une centaine en tournée, et une trentaine de matinées symphoniques. Malgré les succès obtenus, le déficit, assumé presqu’entièrement par le lieutenant-colonel Meighen, s’élevait, au terme de la troisième saison, à plus de 130 000 $.
À l'automne 1916, Jeannotte partit pour Paris avec Wilfrid Pelletier qui avait épousé sa soeur Berthe. De retour à New York (1917), il ouvrit un studio après avoir tenté sans succès de reformer la Compagnie d'opéra de Montréal. Au nombre de ses élèves, on compte Georges Dufresne, Hope Hampton, Ludovic Huot, Henri Pontbriand, Fabiola Poirier, la chanteuse populaire Hildegarde et l'acteur de cinéma Cary Grant.

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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963

mercredi 4 février 2015

1er Carnet - 30 mars

30 mars. – Vente Degas. 

Catalogue de la vente Degas les 26 et 27 mars 1918

Elle a eu lieu mardi et mercredi derniers. Elle a produit un million neuf cent soixante-six mille deux cents francs. Pendant ces deux jours-là, les Allemands marchaient encore sur Paris que le canon à longue portée bombardait, et la ville n’était pas encore remise de l’émotion causée par l’explosion de la semaine précédente à La Courneuve qui avait fait quinze cents morts. 

Explosion à la Courneuve*

Durand-Ruel a payé deux cent cinquante-huit mille cinq cents francs (258 000 frs) les deux Ingres : Monsieur et Madame Leblanc**, les plus beaux de la vente, n’en déplaise à Miss Cassatt. Monsieur de Pastoret***, qu’elle préférait, a atteint quatre-vingt-dix-neuf mille francs (90 000 frs) et Monsieur de Norvins**** a été adjugé soixante-dix-sept mille francs (77 000 frs)  à Knœdler, le marchand américain, qui a aussi acheté le Delacroix en pied Monsieur de Schwiter***** pour quatre-vingt-huit mille francs (98 000 frs). C’est un tableau un peu triste qui manque de cette fougue qui fit ce maître si grand, fougue que l’on trouve plutôt dans ses compositions. Le Louvre a manqué ce tableau, sa place était cependant dans notre musée national, c’est regrettable (1) . Nous tâcherons de retrouver ces tableaux. Je ne serais pas surpris que Monsieur et Madame Leblanc aient été achetés par Mme H.O. Havemeyer, de New York.

Madame et Monsieur Leblanc, de Ingres
en effet aujourd'hui aux Etats Unis, au Metropolitan museum de New York

Le Comte Amédée-David de Pastoret par Ingres - 1826 - Art Institute of Chicago

Monsieur de Norvins par Ingres - 1812 - National Gallery de Londres

Le Baron de Schwiter par Delacroix - 1827 - National Gallery de Londres


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Note de l'éditeur du journal d'un collectionneur
(1) 
Il a été acheté depuis par la National Gallery.
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Notes de l'auteure du blog
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Le 15 mars 1918 le hangar à munitions situé à La Courneuve explose. Probablement situé au carrefour des rues de la Prévôté, Barthélémy-Mazaud, Maurice-Berteaux et Georges-Politzer, il contenait quinze millions de grenades alors qu’il était prévu pour en contenir seulement 200.000.
L’explosion fait des dizaines de morts et des dégâts matériels considérables comme le montrent les constructions de briques éventrées sur la carte postale. L’onde de choc provoque l’effondrement de nombreuses maisons, bâtiments et entreprises.
L’accident serait dû à la manipulation malencontreuse d’une caisse de munitions par trois soldats. Ceux-ci sont évidemment au nombre des victimes comme au moins une trentaine d’habitants officiellement.

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Ces portrait des Leblanc ont été peints en 1823, peu de temps après Ingres ait rencontré le couple à Florence. Mme Leblanc avait été dame d'honneur de la grande-duchesse de Toscane, Élisa Bacchiochi, sœur de Napoléon. M. Leblanc était son secrétaire. Ingres a décrit comme "un Français, très riche et aussi très bon et généreux, qui nous a adopté, au point de nous accabler de bienfaits et aussi avec les demandes de peintures portraits, etc." Edgar Degas, qui a vu ces portraits en 1854, a décrit son acquisition en 1896 comme "l'événement de ma vie en tant que collectionneur." Le Metropolitan les avait achetés à la vente de biens Degas en 1918.
Source le Metropolitan museum de New York

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Le Comte Amédée-David de Pastoret est un tableau peint en 1826 par Jean-Auguste-Dominique Ingres, qui représente le conseiller d'état et membre de l'Académie des Beaux-arts, proche relation du peintre, et commanditaire de plusieurs de ses œuvres.
Le tableau Appartint aux collections du modèle jusqu'à sa mort où le portrait passe par héritage en possession de son épouse, puis à la mort de celle-ci, de sa fille. À la vente après déces de Marie de Pastoret le 10 et 11 mai 1897, le tableau est acheté par la galerie Durand-Ruel, et acquis par le peintre Edgar Degas pour 8 745 francs. Après sa mort, il est acquis en 1918 par le banquier David David-Weill pour 90 000 francs. Celui-ci le vend à la galerie Wildenstein qui le vend en 1971 à The Art Institute de Chicago
Source Wikipedia

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Jacques Marquet de Montbreton, baron de Norvins (Paris, 18 juin 1769 - Paris, 30 juillet 1854) est un homme politique et écrivain français. Conseiller au Châtelet de Paris à l'âge de 20 ans, il voit sa carrière dans la magistrature interrompue par la Révolution française qui le pousse à émigrer avec ses parents. Après le coup d'État du 18 fructidor an V (1797), il rentre en France, est arrêté et traduit devant un conseil de guerre. Il obtient un sursis grâce à l'intervention de Madame de Staël (son oncle avait été l'un des proches collaborateurs de Necker) et recouvre la liberté après le 18 brumaire. Il embrasse alors totalement la cause de Napoléon Bonaparte.
D'abord secrétaire du préfet de la Seine, il entre comme secrétaire au service du général Leclerc qu'il accompagne à Saint-Domingue. Il fait ensuite la campagne de Prusse, devient secrétaire général du ministère de la Guerre du royaume de Westphalie, puis chambellan de la Reine Catherine et enfin chargé d'affaires auprès du Grand-duché de Bade.
Son Histoire de Napoléon paraît en 1827 et remporte un grand succès, inaugurant une série de publications qui vont lancer la légende napoléonienne en présentant Napoléon comme un héros révolutionnaire. Sous la monarchie de Juillet, il devient préfet de la Dordogne puis préfet de la Loire.
Source Wikipedia

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Schwiter est un dandy: un exquis, mince et grand jusqu'à la caricature. Il porte un gant de cuir et tient délicatement de l'autre un chapeau avec un intérieur en soie. Le visage est orgueilleux mais ses cheveux balayés par le vent lui donne un air romantique. Delacroix s'est inspiré du portrait de David Lyon par Lawrence. On dit que le fond de paysage a été peint par son ami, Paul Huet.
C'est dans les années 1820 que Delacroix, de sept ans son aîné, croise pour la première fois, chez son ami Jean-Baptiste Pierret, Louis-Auguste Schwiter (1805-1889). Ils furent des amis très proches et tous les deux, de grands admirateurs du portraitiste anglais Lawrence.
Sources Wikipedia et The Guardian

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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963

lundi 2 février 2015

1er Carnet - 25 mars

25 mars. – Sur Boldini et Sem.

Photo de Boldini 

A Nice : 
— Bonjour, Boldini. 
— Comment buvez-vous votre café, Gimpel ? 
— Je n’en bois pas. 
— Depuis que nous n’avons plus de sucre, je le prends nature par horreur de la saccharine. Bien meilleur, bien meilleur ! 
— Alors, tous les grands peintres sur la Riviera, vous ici, Renoir à Cagnes, Miss Cassatt à Grasse… 
— Elle a perdu son vieil ami Degas, c’était le seul qui avait du talent. 
— Savez-vous que Renoir est bien malade ? 
— Qu’a-t-il ? 
— Des rhumatismes déformants. 
Boldini, toujours vipère : 
— Il a trop bu. Et les nouvelles, pas bonnes. Les Boches sont entrés à Péronne. Recul de plus de vingt kilomètres, ça va mal. 

Boldini en train de peindre, photo - Source Wetcanvas
Boldini dansant avec Ava Aastor, par Boldini - Source ici 

Boldini est très inquiet, je le rassure. Que ceux qui veulent se représenter l’artiste italien consultent les albums de caricatures de son inséparable Sem*. Avant Sem, on n’osait caricaturer que les hommes politiques ou les artistes, mais lui, le premier, s’est permis de mettre en coupe réglée, non seulement le demi-monde, mais le grand monde, et même il fit évoluer les deux sociétés sur les mêmes pages, comme dans la vie ; mais comme ces mondes sont restreints, le sac de Sem s’est rapidement vidé. Son audace lui fut facilitée par le fait qu’il était intime avec tous. Son dessin manque d’âpreté. Cet artiste n’est qu’un dilettante de la caricature, aussi n’a-t-il pu trouver l’occasion, même dans cette guerre immense, de se renouveler. Ses dessins ont juste l’esprit des gens qu’il nous montre ; et lui, qui en a tant dans la conversation, n’a jamais su planter une légende.


Son gros mérite est la ressemblance, il a su faire la charge sans défigurer. Très sarcastique, il a jugé que le visage humain fidèlement reproduit n’est le plus souvent qu’une caricature. Il ne restera pas. Mais si des chercheurs veulent connaître quelques-uns des personnages les plus insignifiants de notre époque, et à la fois les plus connus, qu’ils se reportent aux dessins de Sem ; ils auront leur image très exacte. Ils y verront des gens, comme Boni de Castellane et son ex-épouse née Gould, Mathilde Sée, Henri et Edouard de Rothschild, et d’autres que nous rencontrerons. 

Sem portrait photo agence Meurisse - Source Gallica
Sem par lui-même - Source le site consacré à Sem

Sem, lui-même, est une caricature. Il ressemble à un garçon épicier qui aurait voulu se faire jockey.

Sem caricaturé par Boldini

Un jour, il réunit dans un de ses albums tous les mollusques de Trouville, et là, si mes souvenirs sont exacts, il représenta Boldini en crabe. Boldini, haut comme un bouchon et rond comme un porc, possède, en effet, le corps et la tête d’un crabe qui se serait fait homme. 


Claude Debussy sur son lit de mort en 1918. Dessin de Friesz. (BNF Richelieu )

Claude Debussy est mort. 
On va commencer à le comprendre.
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* Voir le superbe site consacré à Sem
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Extrait de Journal d'un collectionneur de René Gimpel - Edition Calmann-Lévy 1963